Gencives qui saignent : un signal d’alerte à ne pas banaliser

Des gencives qui saignent régulièrement, spontanément ou lors du brossage, méritent d’être examinées.
Brosses à dents dans un verre, pour l'hygiène des gencives

Pourquoi mes gencives saignent-elles ?

Un peu de rose dans le lavabo. Une trace de sang sur la brosse à dents. Une brossette interdentaire qui ressort rouge. Et cette phrase que j’entends souvent :

« Mes gencives ont toujours saigné, je pensais que c’était normal. »

Non. Une gencive saine ne saigne pas, ni au brossage ou au nettoyage interdentaire.

Le saignement est le premier signal visible d’une inflammation gingivale. Et c’est justement parce qu’il est indolore, qu’ il est facile de le banaliser pendant des mois ou des années.

C’est à ce stade que nous pouvons intervenir le plus simplement et le plus efficacement.

Pourquoi une gencive se met-elle à saigner ?

Tout commence par quelque chose d’extrêmement banal : la plaque dentaire.

Quelques heures après le brossage, un biofilm bactérien commence naturellement à se former sur les dents. Lorsque certaines zones sont insuffisamment nettoyées( particulièrement au ras des gencives et entre les dents) cette plaque s’accumule.

Votre organisme détecte alors sa présence et les produits de ces bactéries. Il réagit.

Les petits vaisseaux de la gencive se dilatent, des cellules de défense arrivent sur place et une réaction inflammatoire se met en place. La gencive devient plus rouge, plus gonflée et plus fragile. Elle peut alors saigner au moindre contact. C’est la gingivite.

Le sang n’est donc pas le problème : c’est le témoin du problème

Lorsqu’une zone saigne au brossage, le premier réflexe est parfois de moins la brosser.

C’est exactement l’inverse de ce dont elle a généralement besoin. Si vous cessez de nettoyer l’endroit parce qu’il saigne, la plaque reste en place, l’inflammation persiste et la gencive continue à saigner. Le saignement devient alors chronique. L’objectif n’est donc pas de « faire disparaître le sang » avec un produit. Il est de comprendre pourquoi la gencive saigne et d’éliminer ce qui entretient l’inflammation.

Gingivite et parodontite : ce n’est pas la même maladie

C’est une distinction essentielle. Dans la gingivite, l’inflammation est limitée à la gencive. L’os et les tissus qui maintiennent la dent ne sont pas détruits.

Lorsque la plaque est correctement contrôlée et que les dépôts sont éliminés, cette inflammation peut revenir vers un état de santé.

La parodontite, elle, est différente. L’inflammation concerne alors également les structures profondes qui maintiennent les dents : ligament parodontal et os alvéolaire.

Des poches se forment autour des dents avec une perte d’attache du ligament qui a comme rôle de créer une barrière protectrice.

Toutes les gingivites ne deviennent pas des parodontites. Mais la gingivite constitue le terrain inflammatoire préalable et sa prévention est l’un des meilleurs moyens de prévenir la maladie parodontale.

Que se passe-t-il lorsque l’inflammation s’installe en profondeur ?

Le biofilm est un ensemble de bactéries qui évoluent au fil de l’évolution de la maladie.

Dans la gingivite, les conditions ne sont pas les mêmes que dans une poche parodontale inflammatoire, profonde et pauvre en oxygène. En effet, à ce moment, la composition du microbiote se modifie. Les bactéries anaérobies et protéolytiques, se multiplient. Elles détruisent les tissus et produisent des composés sulfurés volatils, qui vont donner une très mauvaise haleine et une langue pâteuse le matin. C’est pour cela que la maladie parodontale alors qu’elle évolue sans bruit peut nous interpeller par cette mauvaise haleine, ce mauvais goût dans la bouche, cette sensation de bouche chargée dès le matin et le saignement de nos gencives.

Une maladie qui évolue sans faire mal

C’est probablement le caractère le plus trompeur de la parodontite. Elle évolue à bas bruit.

Vous n’avez pas mal? mais vous pouvez observer :

  • vos gencives qui saignent
  • une mauvaise haleine persistante
  • des dents qui paraissent plus longues
  • de nouveaux espaces entre les dents
  • des aliments qui se coincent
  • une dent qui change légèrement de position
  • puis, à un stade plus avancé, une mobilité dentaire et finalement un déchaussement dentaire

Lorsque de l’os est déjà perdu, l’objectif du traitement est avant tout de stabiliser la maladie et de préserver les tissus restants. Un simple détartrage ne suffit pas

C’est pourquoi le saignement est un signal si intéressant : il peut apparaître bien avant la mobilité des dents. Mais si je fume et mes gencives ne saignent pas

C’est justement un piège. Chez les fumeurs, les signes inflammatoires sont invisibles. Le tabac masque une partie du signal d’alarme.

L’absence de saignement chez un fumeur ne permet absolument pas de conclure que le parodonte est sain.

Pourquoi certains développent-ils une parodontite et d’autres non ?

La plaque bactérienne est indispensable au développement de la maladie, mais elle n’explique pas à elle seule pourquoi deux personnes évoluent différemment.

La parodontite résulte d’une interaction complexe entre le biofilm bactérien et la réponse immuno-inflammatoire de l’organisme.

Différents facteurs peuvent influencer son apparition ou son évolution :

le tabac ; le diabète, insuffisamment équilibré ; certains facteurs génétiques ; certaines maladies ou certains médicaments ; l’hygiène bucco-dentaire ; et plus largement certains comportements et facteurs de mode de vie. Le stress, l’alimentation ou l’alcool peuvent s’intégrer dans cette vision globale du patient, mais ils ne doivent pas être présentés comme des causes uniques de parodontite.

Et la santé générale ?

La bouche n’est pas isolée du reste du corps. Dans une parodontite, une grande surface de tissus inflammatoires est en contact permanent avec un biofilm bactérien.

Des bactéries, fragments bactériens et médiateurs inflammatoires vont rejoindre la circulation et participer à une inflammation systémique.

Les relations les mieux établies concernent notamment le diabète, les maladies cardiovasculaires, les maladies neurovégétatives comme alzheimer et parkinson, mais aussi les maladies rhumatoïdes articulaires.

Et le microbiote intestinal ?

Il existe également un axe de recherche passionnant autour des relations entre microbiote buccal, microbiote intestinal et inflammation systémique.

Des similitudes et des transferts microbiens sont observés Mais nous devons rester précis : la science actuelle soutient une association et une plausibilité biologique, pas encore une relation simple dans laquelle une parodontite « déréglerait directement l’intestin ».

C’est un domaine de recherche en pleine évolution.

Et maintenant ?

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