Traiter des gencives qui saignent

Le saignement des gencives est un signal qui mérite d’être évalué plutôt que simplement masqué.
Échange chaleureux entre une patiente et l'équipe de la Clinique du Sourire

Arrêter le saignement ne suffit pas : il faut retrouver la santé parodontale

Mon objectif n’est pas de vous donner un produit qui masque le symptôme.

Je veux savoir : S’agit-il d’une simple gingivite encore réversible ou avons-nous déjà affaire à une parodontite ?

1. Faire un véritable bilan parodontal

Je commence par regarder les gencives, la plaque, le tartre et les zones qui saignent. Puis, lorsque cela est nécessaire, je réalise un sondage parodontal autour des dents. Il permet notamment d’évaluer : la profondeur des sillons et des poches ; le saignement au sondage ; les récessions ; les éventuelles mobilités ; les zones de perte d’attache. Des radiographies permettent ensuite d’évaluer l’os qui soutient les dents. C’est ce bilan qui permet de distinguer une gingivite d’une parodontite et d’évaluer son étendue et sa sévérité.

2. Commencer par rendre la plaque visible

La plaque dentaire est parfois presque invisible. Vous pouvez donc avoir l’impression de très bien vous brosser les dents tout en laissant chaque jour les mêmes zones insuffisamment nettoyées. J’aime utiliser pour cela un révélateur de plaque. Il colore les dépôts restés sur les dents après le nettoyage. Vous voyez alors immédiatement :

« Voilà où je passe bien… et voilà où je ne passe jamais suffisamment. »

Je peux vous proposer de refaire ce contrôle régulièrement à la maison, par exemple une fois par semaine, pendant la phase d’apprentissage.

Ce n’est pas un traitement en soi. C’est un outil pédagogique de feedback qui peut vous aider à devenir beaucoup plus précis dans vos gestes. Les études ne montrent pas qu’il est systématiquement supérieur à une bonne éducation à l’hygiène, mais il constitue un support visuel utile pour certains patients.

3. Nettoyer ce que la brosse à dents ne peut pas atteindre

Le brossage seul ne suffit pas. Une partie importante du biofilm se trouve entre les dents. C’est pourquoi le nettoyage interdentaire fait partie intégrante de la prévention parodontale. Je choisis avec vous des brossettes interdentaires adaptées à la taille des espaces. Une brossette trop petite nettoie mal. Une brossette trop grande traumatise inutilement la gencive. Dans les espaces trop serrés pour une brossette, le fil dentaire peut être indiqué. L’important n’est donc pas simplement de vous dire « utilisez des brossettes », mais de vous montrer où, lesquelles et comment.

4. Lorsque c’est une gingivite : revenir à un parodonte sain

Si nous sommes encore au stade de la gingivite, le traitement repose principalement sur :

l’amélioration du contrôle quotidien de la plaque ; l’élimination professionnelle des dépôts ; le détartrage lorsque du tartre est présent ; et la correction éventuelle de zones qui retiennent anormalement la plaque. Une gingivite correctement prise en charge généralement retrouve un état de santé. C’est précisément pourquoi je considère le saignement comme une opportunité d’agir tôt.

5. Lorsque la maladie est passée sous la gencive

Si une parodontite est diagnostiquée, le traitement est plus approfondi. Dans les poches parodontales, le biofilm et le tartre se trouvent sous la gencive, sur les surfaces radiculaires.

Une instrumentation sous-gingivale, appelée débridement ou surfaçage radiculaire, permet de désorganiser et d’éliminer ces dépôts afin de créer des conditions favorables à la diminution de l’inflammation et à la cicatrisation.

Dans certaines poches, des tissus très inflammatoires et un tissu de granulation peuvent être présents.

L’objectif n’est cependant pas uniquement de « gratter du tissu » : le cœur du traitement moderne est le contrôle du biofilm supra- et sous-gingival, du tartre, de l’inflammation et des facteurs de risque, suivi d’une réévaluation. C’est l’approche recommandée par les directives européennes de traitement parodontal.

6. Et le laser ?

Le laser a une place complémentaire dans les protocoles cliniques, selon le type de laser, la situation et l’objectif recherché.

Je ne le présente toutefois pas comme une baguette magique ni comme un substitut à l’instrumentation mécanique.

À ce jour, les recommandations européennes ne montrent pas une supériorité suffisamment démontrée pour recommander systématiquement le laser en complément de l’instrumentation sous-gingivale. Il peut donc s’intégrer, mais le socle du traitement reste l’élimination mécanique du biofilm et du tartre et le contrôle durable de l’inflammation.

7. Agir aussi sur les facteurs qui entretiennent la maladie

Traiter une parodontite sans regarder le reste serait incomplet. Nous recherchons également les facteurs susceptibles de favoriser sa progression :

tabac ; diabète mal équilibré ; difficultés d’hygiène ; restaurations qui retiennent la plaque ; alimentation et habitudes de vie ;

Le traitement devient ainsi personnalisé.

8. Réévaluer : c’est une étape essentielle

Quelques semaines après les soins, je ne me contente pas de vous demander :

« Est-ce que ça saigne moins ? »Je réévalue les tissus.

Je regarde la plaque résiduelle, le saignement, les profondeurs de sondage et la façon dont les gencives ont répondu. C’est à ce moment que nous savons quelles zones se sont stabilisées et lesquelles nécessitent éventuellement une prise en charge supplémentaire.

9. Puis entretenir le résultat

Une parodontite traitée n’est pas une maladie que l’on oublie. Une fois stabilisée, elle nécessite une maintenance parodontale personnalisée.

Les rendez-vous de suivi permettent de contrôler régulièrement les zones à risque, d’éliminer les dépôts qui réapparaissent et de réadapter vos gestes. Votre travail quotidien et le suivi professionnel se complètent. L’un ne remplace jamais l’autre.

Une goutte de sang peut parfois raconter beaucoup de choses

Lorsque vos gencives saignent, votre bouche vous envoie un signal. Il peut s’agir d’une gingivite simple et encore totalement contrôlable. Il peut aussi s’agir du premier signe visible d’une maladie parodontale qui évolue silencieusement depuis longtemps.

C’est pourquoi je préfère ne jamais banaliser ce symptôme.

Regarder tôt, comprendre pourquoi ça saigne, éliminer la cause et stabiliser le terrain parodontal permet de préserver vos gencives, l’os qui soutient vos dents et, finalement, vos dents elles-mêmes.

Vous vous reconnaissez dans cette situation ?

Pour mieux comprendre ce qui se passe : Gencives qui saignent : un signal d’alerte à ne pas banaliser

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