Comprendre avant de traiter
Lorsque vous me dites :
« J’ai mal à la mâchoire », je ne commence pas immédiatement par fabriquer une gouttière. Je commence par vous écouter.
Où avez-vous mal ? Depuis quand ? Au réveil ? Pendant les repas ? Lorsque vous ouvrez la bouche ? Avez-vous eu un traumatisme ? Votre mâchoire se bloque-t-elle ? Serrez-vous les dents ? Avez-vous mal aux cervicales ? Dormez-vous correctement ?
Puis j’examine.
1. Éliminer d’abord une cause dentaire ou inflammatoire
Je vérifie les dents, les gencives, les restaurations et les contacts dentaires.
Une dent malade doit être soignée comme une dent malade. Une infection doit être traitée.
2. Examiner les muscles et les articulations
Je regarde comment vous ouvrez et fermez la bouche.
Le diagnostic commence toujours par l’histoire clinique et l’examen.
3. Remettre la mâchoire au repos
Cela paraît simple, mais c’est fondamental. Beaucoup de patients doivent d’abord apprendre à reconnaître qu’ils serrent.
Pendant la journée, je peux leur proposer de vérifier régulièrement :
Mes dents sont-elles serrées ?
Mes lèvres peuvent-elles rester doucement au contact tandis que mes dents restent légèrement séparées ?
Puis-je relâcher ma langue et mes muscles ?
Réduire le serrement volontaire, le chewing-gum excessif, le mordillement d’objets ou d’ongles et certaines habitudes parafonctionnelles fait partie des premières mesures conservatrices recommandées.
4. Bouger plutôt que figer
Pour les douleurs chroniques, les données actuelles sont particulièrement intéressantes.
Les traitements qui obtiennent les meilleurs niveaux de recommandation sont notamment :
les exercices mandibulaires supervisés ; les étirements ; la mobilisation de la mâchoire ;
Cela nous éloigne d’une ancienne vision dans laquelle il fallait nécessairement « corriger l’occlusion ».
5. Travailler également le cou lorsque cela est pertinent
Si votre douleur s’accompagne de tensions cervicales, je propose une prise en charge par un professionnel formé. Les interventions manuelles ciblant le cou peuvent réduire la douleur chez certains patients.
Cela ne signifie pas que « votre cervicale a déplacé votre mâchoire ». Cela signifie simplement que ces techniques peuvent être intégrées dans une même stratégie thérapeutique.
6. Quelle place pour une gouttière ?
Une gouttière occlusale, notamment lorsque nous souhaitons protéger les dents chez un patient qui serre ou grince beaucoup. Mais je ne la présente pas comme une solution automatique à toutes les douleurs d’ATM.
Les données concernant son efficacité sur la douleur sont variables, et les recommandations les plus récentes privilégient d’abord les approches actives.
Et surtout, une gouttière utilisée pour des douleurs temporo-mandibulaires ne corrige pas la cause et reste palliative.
7. Et ActiSmile ?
Dans certains profils, j’intègre également un éducateur fonctionnel souple ActiSmile dans l’accompagnement.
ActiSmile est un dispositif bi-maxillaire en silicone qui sépare les deux arcades et accompagne le positionnement de la langue. Le fabricant le présente comme un activateur multifonctionnel agissant notamment sur la proprioception et l’équilibre fonctionnel oro-facial.
Dans ma pratique, je l’envisage surtout comme un outil de rééducation et de prise de conscience fonctionnelle.
Il aide les patients à travailler plusieurs éléments simultanément :
le relâchement des muscles ; le positionnement de la langue ; la respiration nasale ; la déglutition ; et la diminution des automatismes de crispation.
Je demande de l’utiliser sans serrer dessus, avec une mâchoire détendue, une langue positionnée doucement vers le palais, une respiration nasale confortable et une déglutition non forcée.
Ce travail est progressif et surveillé.
ActiSmile ne remplace ni le diagnostic, ni le traitement d’une véritable pathologie articulaire.
Les études sur les thérapies myofonctionnelles sont encourageantes mais encore trop limitées pour présenter un éducateur fonctionnel comme le traitement démontré de tous les TMD.
8. La gestion du stress fait aussi partie du traitement.
Lorsque je vois un patient dont les muscles sont constamment contractés, je m’intéresse également à son environnement.
Est-ce que vous serrez davantage lorsque vous travaillez ? Lorsque vous conduisez ?
Lorsque vous êtes concentré ? Lorsque vous traversez une période difficile ?
Nous ne traitons pas une douleur musculaire uniquement en disant au patient :
« Détendez-vous. »
Mais apprendre à identifier les moments de crispation, travailler la respiration, le relâchement, le sommeil et parfois bénéficier d’un accompagnement comportemental participe à la prise en charge.
9. Faut-il refaire ses dents pour traiter l’ATM ?
C’est un point sur lequel je souhaite être très claire.
Pendant longtemps, de nombreuses douleurs de mâchoire ont été attribuées à une « mauvaise occlusion ».
Nous savons aujourd’hui que les TMD sont multifactoriels.
Les données scientifiques ne soutiennent pas l’idée qu’une malocclusion constitue généralement la cause principale des TMD, ni que l’orthodontie, le meulage des dents ou la réalisation de couronnes soient des traitements de première intention d’une douleur temporo-mandibulaire.
Cela ne signifie évidemment pas que l’occlusion n’a pas d’importance. Une restauration trop haute, une dent douloureuse, une importante perte de dents ou une réhabilitation très déséquilibrée nécessitent correction.
Mais je ne transforme pas irréversiblement une dentition saine simplement pour tenter de faire disparaître une douleur de mâchoire.
10. Retrouver une mâchoire que l’on ne surveille plus
L’objectif n’est pas nécessairement d’obtenir une articulation parfaitement silencieuse.
Une ATM peut claquer et fonctionner très bien. Ce que je cherche surtout, c’est que vous puissiez à nouveau :
- ouvrir la bouche sans appréhension
- manger sans douleur
- bâiller normalement
- parler sans fatigue
- réduire les tensions musculaires
- et cesser de penser continuellement à votre mâchoire
Lorsque nous identifions correctement ce qui est musculaire, articulaire, dentaire, fonctionnel ou comportemental, nous pouvons construire une stratégie beaucoup plus cohérente.
La douleur de mâchoire n’est pas une fatalité, mais elle demande rarement une solution unique. Elle demande d’abord de comprendre comment votre mâchoire fonctionne, ce qui la surcharge et ce dont elle a réellement besoin pour retrouver du mouvement, du relâchement et du confort.
Vous vous reconnaissez dans cette situation ?
Pour mieux comprendre ce qui se passe : Douleurs dans ma mâchoire : pourquoi ai-je mal et comment retrouver du confort ?

