Évaluer et stabiliser des dents qui bougent

Une dent mobile n’est pas nécessairement une dent condamnée. Sa mobilité constitue avant tout un signe dont il faut comme toujours rechercher la cause.
Le Dr Isabelle Bertieaux et son assistante à l'accueil de la Clinique du Sourire

Sauver ce qui peut l’être, savoir décider à temps pour le reste

Lorsqu’une dent ou des dents bougent, ma première question n’est pas : « Faut-il l’arracher ? »C’est : « Pourquoi bouge-t-elle, combien de soutien possède-t-elle encore et pouvons-nous stabiliser la situation ? »

1. Comprendre d’abord la cause

Une mobilité progressive de plusieurs dents associée à des poches, des saignements et une perte osseuse oriente fortement vers une maladie parodontale avancée.

Mais d’autres situations existent. Une dent peut devenir mobile après un traumatisme. Une infection localisée peut intervenir. Certaines contraintes occlusales peuvent augmenter la mobilité d’une dent déjà fragilisée.

Je réalise donc un examen complet : gencives, sondage parodontal, mobilité, occlusion et radiographies permettant d’évaluer l’os autour des racines.

Une dent qui bouge n’est pas un diagnostic. C’est un signal qui demande un diagnostic.

2. Traiter la maladie avant de condamner les dents

Lorsque la parodontite est la cause principale, nous commençons par traiter l’inflammation et l’infection parodontale. Cela implique une hygiène précise à la maison, le nettoyage interdentaire et l’élimination professionnelle du biofilm et du tartre présents sous la gencive.

Puis nous évaluons. Certaines dents paraissent alors plus stables. D’autres restent mobiles mais deviennent fonctionnelles. Et certaines révèlent malheureusement un pronostic très défavorable malgré le traitement.

Je préfère prendre cette décision après avoir compris et traité ce qui pouvait l’être, plutôt que d’extraire automatiquement une dent uniquement parce qu’elle bouge.

3. Peut-on immobiliser une dent mobile ?

Dans certaines situations, oui.

Une contention permet de solidariser plusieurs dents et d’améliorer le confort, notamment pendant la mastication. Elle peut apporter une réelle sensation de sécurité au patient. Mais elle n’est pas un traitement de la parodontite.

Attacher une dent mobile à ses voisines sans traiter l’inflammation reviendrait à consolider temporairement une structure dont les fondations continuent à se dégrader.

La contention prend donc sa place après ou pendant le traitement causal.

Une maladie parodontale stabilisée peut également être suivie d’un traitement orthodontique par gouttières invisibles pour pérenniser le résultat obtenu.

4. Toutes les dents très atteintes doivent-elles être extraites ?

Non. Les données modernes nous obligent à être beaucoup plus nuancés.

Des dents très compromises par la maladie parodontale peuvent parfois être conservées pendant de nombreuses années lorsqu’elles répondent au traitement et bénéficient d’une maintenance rigoureuse.

Les études à long terme montrent que la survie de dents traitées et maintenues peut être excellente et que l’implant ne doit pas être considéré automatiquement comme supérieur à une dent naturelle traitable. En effet, si la personne a perdu ses dents, et qu’elle ne change rien à ses comportements, elle pourra aussi perdre ses implants.

Mon objectif n’est donc jamais : « enlever les dents fragiles et mettre des implants ».

Mon objectif est : « conserver ce qui possède encore un pronostic raisonnable et reconstruire ce qui ne peut plus être maintenu ».

5. Mais il existe aussi un moment où conserver n’est plus protéger

Certaines dents présentent malheureusement une perte de soutien extrême, une mobilité très importante, une infection persistante ou une impossibilité d’entretien.

Lorsqu’une dent ou des dents sont réellement devenues non maintenables, repousser indéfiniment les extractions uniquement parce que nous avons peur de les perdre vat laisser la destruction osseuse se poursuivre et c’est une mauvaise stratégie si l’on veut par la suite reconstruire une dentition fixe sur implant car il nous faut de l’os pour les poser.

Nous devons donc réfléchir à ce que nous voulons construire après.

Préserver l’os pour reconstruire demain

Quel volume osseux restera-t-il ? Peut-on préserver l’alvéole ? Un implant immédiat est-il raisonnable ou faut-il laisser cicatriser ? Une reconstruction osseuse sera-t-elle nécessaire ?

La recherche montre que les techniques de préservation alvéolaire réalisées lors de l’extraction de dents compromises parodontalement peuvent limiter la perte de volume de la crête et réduire le besoin d’augmentation osseuse ultérieure.

Anticiper ne signifie donc pas « enlever plus vite ». Cela signifie prendre une décision au bon moment en pensant déjà à la reconstruction future.

6. Et si plusieurs dents sont arrivées au stade terminal ?

Dans les formes très avancées de parodontite, plusieurs dents ne sont plus raisonnablement conservables.

C’est une situation émotionnellement difficile. Mais elle ne signifie pas la fin d’un sourire fixe.

Après avoir assaini et stabilisé le terrain, lorsque l’état général, l’os disponible, l’hygiène et les facteurs de risque le permettent, nous pouvons étudier une reconstruction implantaire.

Dans certaines situations, plusieurs implants vont soutenir un bridge complet fixe transvissé.

L’objectif est alors de retrouver :

  • une stabilité
  • une mastication plus efficace
  • une fonction confortable
  • et un beau sourire fixe

7. Mais les implants nécessitent eux aussi un terrain sain

Remplacer des dents perdues à cause d’une parodontite ne signifie pas que le problème parodontal disparaît comme par magie. Les patients ayant des antécédents de parodontite présentent un risque plus élevé de complications péri-implantaires.

C’est pourquoi je ne reconstruis pas sur un terrain inflammatoire non maîtrisé.

Avant les implants, je stabilise la maladie. Après les implants, je maintiens cette surveillance. L’histoire de votre bouche continue à compter.

8. Ne pas attendre la panique pour agir

C’est peut-être le message le plus important de cet article.

Je préférerais vous voir lorsque vos gencives commencent à saigner. Ou lorsque des poches apparaissent. Ou lorsque votre mauvaise haleine devient persistante. Ou lorsque vous remarquez un premier déplacement. Plutôt que d’attendre le jour où plusieurs dents bougent.

Parce qu’à ce stade, nous pouvons encore traiter. Nous pouvons encore sauver certaines dents. Nous pouvons encore reconstruire.

Une dent qui bouge n’est pas forcément perdue. Mais elle vous demande de décider.

Vous n’avez pas à choisir seul entre : « garder ma dent à tout prix »et« tout faire enlever ».

Il existe entre les deux un véritable diagnostic, un traitement, une réévaluation et un projet.

Certaines dents seront conservées. Certaines pourront être stabilisées.

Et parfois, accepter qu’une dent trop atteinte soit extraite permettra de préserver davantage d’os et de préparer une reconstruction plus sûre.

Le courage n’est pas toujours de garder.

Et c’est tout le sens de cet article : ne pas attendre la dernière étape pour prendre soin des fondations de son sourire.

Vous vous reconnaissez dans cette situation ?

Pour mieux comprendre ce qui se passe : Dents qui bougent : pourquoi il ne faut pas attendre pour comprendre ce qui se passe

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